• Du paradis à l’enfer

    En deux jours, tout bascule.

    le week-end aux saintes puis à l’ilet Pigeon, vacances au paradis …

    En partant en week-end, nous savions qu’un phénomène météo allait nous toucher le mardi. ce n’était alors qu’une onde tropicale qui pourrait sans doute devenir tempête tropicale, rien de bien méchant. Pendant que nous profitions d’endroits magnifique, c’est fait, Maria naît en tempête tropicale, puis rapidement probabilité de cyclone de niveau 1. Dimanche soir, j’étudie la faisabilité de quitter la marina pour se sauver au sud vers Ste Lucie, mais il s’avère vite que cela n’est pas possible vue la position et la trajectoire de Maria. Il faut donc se préparer à recevoir ce petit cyclone, ce fera une expérience pour de plus gros éventuellement à venir ! Lundi, préparation du bateau : enlever tout ce qui peut craindre le vent (génois, tauds, baches, clim…), multiplication des amarres, protection des panneaux solaires en les enrobant avec des cordages pour qu’ils ne s’envolent pas … rien de grave, ce ne sera qu’un gros coup de mistral ! Mais Maria ne l’entend pas comme cela, elle passe de 1, à 2, puis 3. ce n’est plus la même musique et je renforce encore ce qui ne l’était pas, tout cela sous des grains déjà violents. Dans l’après-midi, elle est devenu de niveau 4. ça va, le niveau le plus élevé est 5, on a encore de la marge. Que nenni, en fin d’après-midi, c’est niveau 5, nous auront donc sans doute des vents de plus de 250 km/h. la ca rigole déjà moins, en plus elle ralentit, donc restera plus longtemps sur nous ! espérons que la digue tiendra, que les pontons seront assez solides, que les autres ne viendront pas nous percuter …

    Je voulais rester à bord pendant le passage de Maria, mais devant l’insistance générale (y compris des gendarmes) je me résigne à rejoindre Micheline et Alexandre chez nos amis Christine et Philippe dans leur grande maison de Trois Rivières. Après un apéro sur la terrasse, puis un bon repas (à l’intérieur tout de même car le vent et la pluie arrivent), coupure d’électricité. ca y est c’est parti !!!

    Maria devrait être au plus près de nous vers 2 h du matin, la nuit sera longue. du coup on prend un peu d’avance pour essayer de dormir, mais à l’étage, sous le toit, le vacarme à raison de notre velléité de sommeil. rapidement on reçoit des trucs sur la téte. sans lumière, avec l’éclairage du téléphone portable, non ce n’est pas un insecte, c’est un grain de béton, puis deux, puis trois …  le toit vibre, et la jonction entre le mur et la charpente s’effrite un peu. rien de bien méchant, on écarte le lit du mur, et on retente les bras de Morphée. Et la rebelote. De plus les portes sur l’extérieur s’arque-boutent dangereusement dans les rafales. Si la porte casse, c’est la catastrophe, vu le vent et le déluge à l’extérieur, déjà que comme cela, même après les avoir calfeutrées, l’eau coule par en dessous. Qu’à cela ne tienne, il faut les renforcer ! Heureusement Philippe avait pensé à tout et avait préparé des planches que l’on a vissées sur les montants pour éviter l’explosion des portes. La suite ne sera que hurlevent, coups de poing de la charpente dans la tète des murs, giffles de la pluie … tout cela dans le noir. la charpente se pliait en se soulevant laissant passer l’eau qui ruisselait le long de la face interne du mur dans la chambre. à 2h15, je surveille sur mon téléphone le site de la NHC qui sur son tracking situe Maria juste en face de nous. ca y est, elle va maintenant s’éloigner et cela devrait baisser. Dans la tète cela va déjà mieux. la seconde partie de nuit permettra un mélange de somnolence et de réveils bruyants. Au premières lueurs du jour, c’est un spectacle de désolation tout autour. La végétation en a pris pour son grade, ce n’est qu’arbres déracinés, bananiers arrachés, cocotiers renversés … mais aussi plus un câble électrique en l’air, les poteaux sont à terre ou cassés. les routes sont coupées. Impossible de rejoindre la marina, impossible d’avoir des nouvelles. vers midi, la seule info que l’on a pu avoir, auprès de la gendarmerie, c’est que la route menant à Rivière-Sens (le village ou se trouve la marina) est en cours de dégagement et que l’on va pouvoir y accéder, mais aucun état des lieux pour l’instant. L’optimisme de se dire que Maria passant un peu à l’ouest nous génère des vents plutôt d’est, et donc sans doute moins destructeurs pour la marina, est vite tempéré par la vision de la mer, vue du haut de Trois Rivières, ou une très grosse houle venant de l’ouest présage que la survie de Carpe Diem, s’il est encore là, ne passera que par une résistance héroïque de la dique séparant la marina de la mer, soit quelques cailloux face aux éléments déchaînés. combat déloyal, mais comme souvent, je soutiens le petit !!! et finalement David gagna. ceci dit, je n’en menais pas large en arrivant vers 16 h près de la marina, en slalomant entre les arbres abattus sur la nationale et les tronçonneurs et tractopelles essayant de dégager une voie pour autoriser un semblant de trafic. à l’arrivée, de nombreuses voitures bloquaient le passage, les badauds étaient de sortie pour photographier l’esplosion des vagues à l’entrée de la marina. Heureusement, Maria avait bien fait son travail, et avait abbattu les arbres qui ordinairement cachaient le havre de paix où Carpe Diem dort habituellement paisiblement, j’ai pu de ce fait reconnaître le toit de la capitainerie, et un poteau blanc bien connu juste devant, qui oscillait gentiment au gré des rafales et de la houle qui entrait dans le port. Ouf, Carpe Diem est toujours là, et en vie ! Il est maintenant bien repérable de loin, juste en face du toit bleu, de plus c’est le plus grand mat de la marina, et blanc de surcroît ! maintenant, ce n’est pas grave si on est bloqué, la tension rebaisse, tout va bien, pour les dégâts éventuels, ce n’est rien. 1/2 heure plus tard, bilan des dégats : panneaux solaires disparus, antenne AIS cassée, amarres de diamètre 40 sectionnées, bouée d’amarrage reculée de 4 mètres, chandelier tordu, que des bricoles donc au regard de ce qui aurait pu nous arriver, ou de ce que certains ont subi.

    Maintenant la vie essaie de reprendre son chemin, mais sans eau ni électricité, et cela plusieurs jours après Maria. Quand je pense que notre ministre, grande communicatrice, avait promis un retour à la normale sous 2 jours maxi !!! de nombreuses routes indispensables à la vie ici sont encore bloquées. j’ai de la chance, j’avais fait le plein des réservoirs d’eau de Carpe Diem, et la marina est reconnectée au réseau EDF, mais beaucoup sont toujours sans eau ni électricité, et sans date pour revenir à la normale. Chez Philippe et Lien, pas d’eau, pas de courant, pas d’internet donc, et impossible de savoir quand cela sera remis. les écoles devraient reprendre lundi, mais selon l’état des établissements scolaires. Pour Alexandre, par exemple, c’est l’année de la première et donc du bac de français, les cours n’ont pas encore commencé pour faute de grèves dès le premier jour, puis maintenant avec Maria, cela ne sera peut être pas lundi car l’établissement a subi des dégâts. Notre ami Sébastien qui habite Rivière-Sens, met ses enfant à l’école de Vieux-fort, distante de 3,5 km d’une belle route longeant la mer, sauf que cette route est détruite, et qu’il devra passer par Trois-Rivières pour atteindre Vieux-Fort, soit 40 km aller-retour, à faire le matin puis le soir. Qu’il se rassure, les cours ne reprendront pas de suite, les tôles du toit de l’école ont disparu.

    Ave

     

     

    Au réveil, la désolation

     

    Arrivée sur Rivière-Sens, on voit un toit bleu et un mat blanc, Carpe Diem vit.

    Les panneaux solaires ont disparu, l’antenne AIS à terre …

     

    la rivière derrière la marina qui s’est créée une nouvelle cascade chez nous

     

    La digue a tenu malgré la houle

     

    Basse Terre attaqué par la mer

     

    l’école de Vieux-Fort sans toiture

     

    Quelques dommages collatéraux à la marina

     

    Ce ne sont que de petits exemples pris bien après le cyclone !