• Corse 2008

    Chapitre 1 : Le livre de Bord

    Livre de bord, ouvre-toi ! Et raconte-nous l’histoire d’un équipage en Corse !

    Le départ est fixé au 2 août 2008. Le plein d’eau se termine au port de Bandol, mais c’est le groupe électrogène qui va recharger les batteries pour relancer le démarrage du moteur. Maintenant c’est le moteur PERKINS 82 CV diesel inboard du voilier nommé Carpe Diem ou cueille le jour en latin, un Océanis 510 de 1994, qui ne veut plus s’arrêter ! Le bouton poussoir blanc dans le cockpit ne veut plus répondre. Il suffit d’un coup de fil à notre mécano pour que le capitaine ouvre la cale moteur et enfouisse ses mains dedans afin de dompter ce moteur.fou. Enfin la mécanique et ses faux contacts ! Et cela se termine par la victoire de l’homme sur la machine, bien sûr !

    Présentons l’équipage maintenant !

    Le Capitaine et skipper, nommé Christian est un homme de 48 ans, un chti venu s’installer dans le sud depuis quelques années. Il exerce le métier d’informaticien et possède en plus de bonnes connaissances pratiques et théoriques en voile, une vraie encyclopédie vivante sur les voiliers ! Ce mâle, bien conservé, séduisant et qui aime toujours avoir raison reste toujours sociable avec les gens qu’il rencontre. Un tantinet macho et égocentrique, d’un raisonnement solitaire et égoïste, cet homme impatient aime avoir une femme prés de lui qui le serve et lui obéisse au doigt et à l’œil! Mais c’est le propre de l’homme, n’est il pas vrai ?

    La femme du bord, Valérie, est âgée de 35 ans. Passionnée de voile et de voyages, c’est une équipière polyvalente : entre aider le capitaine sans se faire engueuler de ne pas faire les manœuvres assez vite et faire la mère au foyer occupée par le ménage et la cuisine ! Val, de son surnom est une femme avec des doses de patience, de révolte, de jalousie, de colère, de peur, d’angoisse, de gentillesse, d’amour et d’amitié, une nana quoi ! Et qui doit supporter un équipage masculin dans toute sa splendeur !

    1° équipier : Très bon dans les manœuvres et à la barre, le fils aîné du capitaine est un garçon de 17 ans qui s’appelle Loïc. D’un esprit cartésien et sportif, il est très sensible. L’amitié a une forte valeur pour lui. De nature patiente et diplomate, c’est un plongeur souriant et à l’aise dans l’eau. Pour les confidences, on peut s’appuyer sur lui.

    2° équipier : Lui, c’est le tacticien de la route sur le PC de la table à carte, le fils cadet de la lignée du capitaine. A 13 ans, Mickael évolue dans l’eau comme une bête qui serait le croisement entre un chien et un poisson. Souvent seul, il s’enferme dans ses jeux vidéo et connait toutes les publicités et les séries TV. Un peu rondelet, catholique pratiquant comme son frère, c’est un introverti, mais la bonne pate quand même !

    Les invités de nos vacances : Le tandem Philippe, frère de Christian et sa conjointe Lien. Tous deux habitent en Guadeloupe. Un kiné et une psy, c’est toujours utile à bord, n’est ce pas? Bref ils sont venus voir ce qu’était le soleil en Méditerranée. Ces bons vivants en gastronomie et en bonnes bouteilles !

    Chapitre 2 : la traversée

    Maintenant que l’équipage est au complet et les affaires rangées, Lien nous offre ses confitures faites maison de fruits exotiques, papayes, fruits de la passion ou maracujas, citrons, oranges, bananes, que des bonnes saveurs dans la bouche de chacun chaque jour au petit déjeuner et au goûter ! Elles sont extra et tout le monde se régale ! En plus de ses confitures, Lien possède un autre don tout aussi fantastique, celui de nous préparer ses punchs avec du rhum de chez eux, du citron ou du maracuja qu’elle est allée cueillir elle-même avant de venir en France !

    Après que le zodiac soit bien solidement attaché sous le portique, le petit déjeuner se passe sur une mer agitée, tant bien que le bol du capitaine et deux verres se brisent, malheureusement ce ne seront pas les derniers durant le voyage, bon tant pis ! et pour le bol, qui casse : remplace m’a-t-on appris ! Il faut que je pense à lui en acheter un autre !

    Nos invités récupèrent de leur voyage en avion et de leur décalage horaire, Lien est toujours dans les bras de Morphée, et son homme barre au petit matin, prend son petit déjeuner et retourne la rejoindre.

    Ce midi, sur une mer toujours agitée, ce sera sandwichs pour tout le monde, avec comme commis de cuisine, Loïc ! Mais il reste une marmotte à bord, c’est Lien qui ne sort pas de sa couchette ! Après une sieste de tout l’équipage, les pêcheurs du bord obstinés s’y mettent, avec la traine. Mais l’aquadive casse. Oh zut c’est encore moi qui dois réparer ! Enfin la joie de la pêche même si pour nous notre pêche n’est pas encore rentable avec tout le matériel perdu, le poisson revient cher ! Mais le plaisir a gagné depuis longtemps sur notre porte-monnaie !

    Au cours de la traversée, on croise souvent des cargos qui font route sur un cap sensiblement perpendiculaire à celui que l’on suit pour atteindre la Corse. Ces navires sont en transit entre le détroit de Gibraltar et les ports de commerce de l’Italie du nord (Gênes). Leur rencontre est une bonne approximation sur la position, c’est-à-dire à une vingtaine de milles des côtes corses.

    Bonheur d’écrire le journal de bord, direction Calvi !

    Après le goûter, les garçons gagnent toutes les parties de quarto contre nous : Chris et moi ! Cela met de l’ambiance, car tout le monde est plus ou moins barbouillé et Loïc est malade. Après un gros dodo de nos invités, Lien se décide enfin à montrer le bout de son nez, se prend une douche, mais préfère toujours sa couette ! Après une petite sieste, je vois dans le cockpit les deux frères Chris et Phil barrant ensemble, quelle belle image de fraternité !
    Un sandwich pour le repas du soir pour tout le monde et ça ira, sauf pour Loïc, allez mon grand, cela ira mieux demain ! Cette nuit est étoilée, douce avec un vent léger, une houle et le moteur qui tourne.

    Chapitre 3 : Calvi et l’Ile Rousseimage001

    Quel beau lever de soleil pour un 3 Août ! Le capitaine a navigué tout seul quatre heures cette nuit à huit nœuds, pendant que tout l’équipage dormait. La seconde levée de quart se fait à six heures, et le 2°moussaillon se lève à 7h00. Nous naviguons sous génois et grande voile au bon pré bon plein avec le moteur à vitesse réduite ! Corse droit devant ! Les embruns ont lavé les passe-avant et le cockpit. Carpe Diem arrive enfin dans la baie de Calvi. Quelle baignade, pendant que notre skipper récupère par une bonne sieste !

    En découvrant la Corse, on comprend qu’elle a inspiré tant d’écrivains et de peintres !

    La pointe rocheuse et escarpée de la Revellata protège des vents d’ouest et sud-ouest le vaste golfe de Calvi, enchâssé dans un amphithéâtre de collines arrondies que domine, en arrière plan au sud-est le massif

    du mont Cinto point culminant de la Corse. Le fond du golfe est ourlé sur 2,3 milles, par une belle plage de sable bordée de pins, qui vient buter à l’ouest sur le promontoire rocheux de la belle citadelle de Calvi. La Revellata est le point de convergence des routes de la majorité des bateaux de plaisance venant du continent car le feu du phare, petite maison blanche en bout de la pointe, est visible par temps clair jusqu’à 24 milles.

    Le matin du 4 Août, devient de plus en plus sportif, sur un bord de pré direction Porto. La décision se fait à l’unanimité de faire demi tour, direction l’Ile Rousse, du nom de la couleur de sa terre de porphyre rouge. C’est principalement un port d’escales pour les car-ferries. L’Ile rousse est une cité moderne et prospère avec des rues disposées en damier, des squares fleuris et de nombreux commerces. Son port animé, débouché de la Balagne, en exporte les produits. La douceur de son climat et la plage de sable fin qui borde sa baie en font une station de villégiature très fréquentée dés le printemps.

    Pendant que les femmes du bord barrent, Mickael pêche.

    Quelle surprise de retrouver un bateau copain de Bandol, l’équipage du Djijelli, le hunter 33 de Michel et Christine ! On se retrouve tous ensemble à bord pour un apéro convivial et toujours sympathique à se raconter nos aventures avec nos bateaux ! Avec un verre de vin rouge de Balagne, les tranches de coppa se mélangent bien au palais !

    La journée du 5 août se passe tranquillement, avec ballades dans la vielle ville et apéro sur la terrasse d’un café de la Place Paoli où une fontaine surmontée du buste de Pascal Paoli siège en son centre. Ce monsieur fonda en 1758 le port pour concurrencer le trafic d’Algajola et de Calvi pour contrecarrer ainsi l’activité génoise dans l’Ile, paraît-il !

    Chapitre 4 : Départ des Guadeloupéens

    Le démarreur du moteur Perkins fait des siennes, les mecs se jettent au boulot, les mains dans le cambouis pendant que les nanas au soleil papotent à comprendre les relations hommes femmes enfants, à trouver des solutions pour se sentir plus sereines. Une sorte de séance psy pour moi gratuite !

    Alors aujourd’hui ce sera baignades. C’est en revenant des rochers habités par une colonie d’oursins, que j’ai failli me faire couper en deux par un voilier italien. Alors que je crawlais sens entendre son moteur, Loïc et Chris sur le bateau criaient sur le skipper qui m’a vu au dernier moment ! Je n’ai rien contre les italiens mais ils arrivent sur les côtes de la Corse dès les beaux jours. Ils pullulent partout, sur la VHF et dans les mouillages, où

    malheureusement ils deviennent machos, antisociaux et dangereux avec leurs navires : vedettes ou voiliers mais plus généralement avec leurs bateaux à moteur. Ils sont totalement dépourvus d’esprit marin, dommage pour la plaisance européenne !

    Mais au petit matin, le lendemain, après un bon petit déjeuner : croissants et pains frais, Lien et Philippe décident de nous quitter. Enfin la psychologie des relations humaines ! On leur dit au revoir sur le quai. Christian décide de leur prêter sa voiture pour qu’ils finissent leurs vacances sur les routes à visiter le sud de la France.

    Notre voilier nous emmène vers Saint Florent. Ce pittoresque petit village est serré autour de son église et d’une massive forteresse génoise. Ce port est toujours animé en été avec ses petites ruelles étroites entre des

    façades qui débouchent directement sur les quais où sont installées les terrasses des restaurants. Après l’accord donné à la VHF par la capitainerie, nos réservoirs d’eau se remplissent dans ce port spacieux, aménagé au débouché d’une petite rivière, l’Aliso. Au creux de ce très beau golfe auquel il a donné son nom, St Florent est bâti sur une légère colline au Nord de l’embouchure de l’Aliso. Très fréquentée, souvent appelée le « Saint-Tropez de la Corse », St-Florent est une station balnéaire dont le succès se mesure facilement à la taille des élégants yachts amarrés dans le port delaisance. Les remparts de la citadelle et les vielles maisons colorées rappellent aussi son rôle historique de capitale du Nebbio, un arrière-pays à l’ancestrale culture agricole parsemé de hameaux et de bergeries.

    Le 8 Août, l’ancre est levée pour aller mouiller dans la baie de la Mortella et le syndicat des bouffeurs de poissons affamés font leur rébellion face aux pécheurs du bord toujours aussi motivés, car pour l’instant toujours pas de produit de la mer dans les assiettes, nada !

    Le phare et l’ancien sémaphore de la pointe sont remarquables, mais en arrivant dans la baie, la tour génoise Martello, ronde et maintenant en ruine, nous attire. Pour résumer l’histoire et ne garder que le plus drôle : les plans de cette tour ont été piqués par les anglais pour en construire d’autres à l’identique sur leurs côtes en

    1803 devant la menace de l’invasion française. L’ironie du sort veut que ce soit pour contrecarrer l’ambition d’un Corse, Napoléon Bonaparte !

    Nous avons la scoumoune avec les moteurs et leurs mécaniques ! Après que Lien ait tenté le Wake avec succès quelques jours auparavant, le moteur MERCURY 4 temps 15 CV du zodiac ZOOM 4m qui nous sert d’annexe, ne répond plus dans l’accélération, comme si l’hélice tournait dans le vide ! Bon maintenant il nous reste que nos bras pour ramer ! Cela ne décourage pas pour le moins du monde Loïc qui se retrouve à la barre, après une journée passée à nettoyer la coque avec les bouteilles de plongée. Plein d’énergie celui là, un vrai sportif à toujours vouloir faire une activité physique ! Infatigable !

    Chris et moi profitons de nous retrouver un peu tranquille pour se faire une ballade aquatique en PMT : Palmes, Masque, Tuba.

    Le bateau navigue sous voiles et moteur et la météo est notée, après diffusion par le CROSS canal VHF 79. En fin de journée, on cherche un abri et on retourne au mouillage de l’Ile Rousse. Sur une mer agitée avec force 6-7 et une vitesse du bateau de 6 nœuds, et suite à des virements continus, l’écoute du génois bâbord se casse à un mètre de l’œillet. En une fraction de seconde, le génois faseille et cette voile de devant perd de son originalité en se décomposant, la bande UV se découd à vitesse grand V. De suite le capitaine se transforme en un singe sauteur pour border la contre écoute et éviter le pire ! Le bateau gîte et avec le vent et les embruns salés, tout l’équipage est trempé en maillot de bain ! Heureusement que le vent est chaud ! Les yeux sensibilisés par le sel, Loïc est debout à la barre avec son masque de plongée suivant en même temps le rythme du bateau et les notes de musique qui résonnent à fond dans les hauts parleurs du cockpit ! Ah ces mecs, ils sont beaux et fous ! La houle se creuse à deux mètres et vive la plaisance !

    Chapitre 5 : Girolata et Revellata

    Le 11 août vers 12H00, je suis toujours en train de recoudre à la main le génois. Pendant ce temps, Chris et Loïc font réviser à Mickael les matières de son cahier d’été, c’est toujours toute une histoire pour le faire travailler celui là, entre lui qui râle et eux qui se munissent de doses de patience entrecoupées de fous rire!

    Après un après midi de baignades et de plongées en bouteille, la soirée se termine tous les quatre au

    restaurant avec un repas pizza. Des images sous marines plein la tête, comme des étoiles de mer, des raies, des poisons jaunes et bleus de différentes tailles, des coquillages inhabités où le corail rouge a polonisé, nous profitons et nous sommes bien. Nos discussions portent sur des rêves de plongées lointaines.

    Le lendemain, l’au revoir est dit à l’ile rousse et l’étrave pointe direction Calvi. Aujourd’hui c’est la fête de ma Lauryn, ma seconde fille de 5 ans qui passe ses vacances ce mois ci avec sa grande sœur, Mélody de 6 ans et son papa sur Marseille. Bonne fête ma chérie, que tu me manques ma Lolo ! Ce soir on prend des nouvelles téléphoniques de toute la famille, la sœur, le frère et la mère de Chris et de mes puces, cela fait chaud au cœur d’entendre leur voix et de rester une heure au bout du fil à les écouter !

    Le 13 août, le mouillage est prévu pour la Revellata. La mer est belle, visibilité bonne, pas de vent, allure au moteur sans voile car bout au vent. Deux vagues de traine de grosses vedettes nous rattrapent par l’avant et s’engouffrent par les capots de la cabine avant restés ouverts cette fois là !

    SOS on prend l’eau ! Le Titanic, c’est nous ! Pauvre Mickael qui n’arrive pas à les fermer à temps, de l’intérieur. L’écoute de génois bloque la fermeture. Nous sommes tous les deux trempés, l’eau de mer a envahi la cabine, le lit, les équipets, le bureau et le plancher. Les téléphones mobiles restés sur le bureau sont noyés et inutilisables même après rinçage et séchage ! Toutes les serviettes de la cabine que nous trouvons sous la main servent à éponger. Tout est sorti sur le pont. On est enfin ancré et le groupe électrogène est installé pour faire tourner au moins quatre fois la machine à laver du bord, une aqua 1000 T de 3,5 kg boulonnée dans la 1° cabine avant utilisée en soute. Un achat très utile pour des gens qui vivent sur leur bateau ! Enfin toute la journée à faire sécher au vent les composants de notre lit d’origine, les housses de coussins et les serviettes !

    Sacré capitaine du Carpe Diem qui n’avait pas prévu ! Accusée et folle de colère, je l’ai haï en pompant avec mes serviettes. Mais ma rancune s’estompait, quand ce mec totalement fou me regardait avec son regard séduisant argumenté par les fous rires des garçons ! Sacrés bons hommes !

    Ils nous en font voir et vivre de toutes les couleurs !

    La réserve de Scandola me fait retenir ma respiration. Notre coque glisse dans la passe où les rochers sont à fleur d’eau à moins d’un mètre des bordés. Du pont, je scrute ces formes grises ; quelles ne s’avancent pas trop de la quille ! Le regard vif et un petit sourire rassurant, le capitaine sait ce qu’il fait. Je me sens en confiance même si mes yeux restent rivés sur ces rochers et parois trop prés de nous à mon goût. Et pourtant ce risque en valait la chandelle, c’est surnaturel de beauté !

    L’anse de la Girolata est le seul abri sûr entre Calvi et Ajaccio, c’est un mouillage très fréquenté. Un vieux fortin domine la pointe et le mouillage. Les bateaux se serrent derrière la pointe pour s’écarter des hauts fonds. On débarque en annexe sur la plage de petits galets où l’on s’amarre à trois petits appontements de bois. Dans ce site reposant, Girolata est un petit village, isolé sur un promontoire dominé par ce fortin génois à tour carré et vit de la pêche à la langouste et du tourisme. Sa magnifique et paisible petite baie aux eaux translucides abrite quelques maisons de pierres rouges, de gîtes et de restaurants.

    Chapitre 6 : Les Iles Sanguinaires

    Sur une belle mer et sans vent, nous traçons le 14 août au moteur avec une petite houle vers les Iles

    Sanguinaires, austères et hostiles. Paysage Corse : Montagnes et tours génoises ! Les garçons font la sieste, pendant que je savoure le décor, les roches changent de couleur à chaque escale, du gris, du blanc, du roux !

    Le groupe des IIes Sanguinaires, constituées d’une roche rouge sombre, est l’un des sites les plus célèbres de la Corse. Ces iles présentent une succession de cônes surmontés de tours, comme des sentinelles. Cette eau claire et chaude nous enveloppe pour de longues baignades matins et soirs.

    Classées aujourd’hui site naturel maritime exceptionnel, elles abritent désormais de nombreuses espèces d’oiseaux marins.

    Alphonse Daudet habita le phare des Sanguinaires en 1863 et consacra à la grande ile une des Lettres de mon Moulin.

    En fin de journée, on arrive enfin à Ajaccio au moteur.

    Chapitre 7 : Ajaccio

    On peut mouiller à l’entrée du port par 5 à 8 m d’eau, le port est accolé aux grands immeubles, au nord d’Ajaccio. C’est la ville natale de Napoléon, alors ses rues et ses monuments nous rappellent l’incroyable destin de cet enfant du pays. Ajaccio dériverait du mot latin adjacium, signifiant « halte »,

    « lieu de repos ». L’ « Ajaccienne » ou l’hymne locale célèbre le souvenir du « prodigue de la gloire » né dans cette « cité impériale ».

    Nous déambulons, la tête comme une girouette pour ne rater aucune image, dans la vieille ville, de la jetée de la citadelle à la cathédrale, en passant par la Place du Maréchal-Foch. On se promène, toujours le numérique à la main, dans la ville moderne jusqu’à la place Général-de-Gaulle.Un autre « empereur », d’une carrière mondiale a marqué aussi les esprits corses, le fabuleux chanteur et artiste ajaccien Tino Rossi (1907 – 1983). Son tombeau en granit blanc se situe à gauche de la première entrée du cimetière d’Ajaccio.

    Sur le port, les pêcheurs écoulent leurs poissons frais, tandis que, sur les bancs, les retraités discutent au soleil.

    Le 17 août, Loïc nous quitte et prend le ferry pour rentrer sur le continent rejoindre sa meilleure amie. C’est sa première traversée en ferry. La mer est agitée et tous les passagers sont malades sauf lui, couchés par terre. Enfin, le soir, il arrive chez lui. Nous, on va se coucher, soulagés qu’il soit bien rentré, sain et sauf !

    On décide de rester à Ajaccio trois jours ; les pleins de nourriture et de gasoil se font durant ces journées.

    Chapitre 8 : Prisca

    Quelle bonne surprise de retrouver de vieux amis de Bandol sur leur bateau ! Gilbert et Yvette nous attendent le visage reposé et bronzé et les bras ouverts, sur leur Prisca, un Gib Sea 37, pour un apéro. Que de choses à se raconter depuis quelques mois qu’ils sont partis, dès le mois d’avril ! Il y a

    aussi leur fille Stéphanie et son conjoint John Alors les journées se déroulent au rythme des repas à chaque fois chez l’un et chez l’autre. Et là, un toast de brocciu avec de la confiture de figue d’une main et un verre de vin patrimonio de l’autre, c’est divin !

    Le soir, derrière nous, la citadelle, le port, la ville basse et les collines environnantes commencent à scintiller dans la nuit.

    Nos deux bateaux se suivent et se dirigent au moteur vers Propiano sans vent.

    Une tribu d’une douzaine de dauphins vient nous saluer, c’est magnifique ! Ce sont des dauphins communs, bruns foncés sur le dos et blancs crémeux sur le ventre, de 2 mètres environ. Ils s’amusent avec notre étrave, et se croisent. Je peux bien voir leur couleur et leur forme dans l’eau claire, transparente, bleu turquoise, pourtant une eau avec une absence relative de plancton, d’après ce que je sais de mes livres de biologie marine. Mickael me guide d’un côté et d’un autre pour que je puisse les mitrailler en image. Je suis tellement émerveillée par ce spectacle que m’offre la nature, que mon corps et mes doigts ne trouvent plus l’agilité comme anéanties par ces bêtes si réelles, comme si elles me disaient :

    « Restes à ta place, regardes et écoutes nous, on va te raconter notre histoire et notre liberté, toi qui a vécu des moments pénibles dans ta vie ces derniers temps, le bonheur existe encore ! »

    Alors quelques photos sont quand même prises en pensant à mes filles, Mélody et Lauryn, et le sourire aux lèvres, je retrouve une plénitude intense en les regardant. Mais ils sont tellement rapides, que le spectacle va trop vite et ne dure pas longtemps. Dommage, ils sont partis et il faut revenir aux manœuvres, je me sens toute légère, comme guérie de mes blessures ! Et heureuse de ce tableau unique et plein d’émotions. Merci la nature pour ce havre de paix !

    Chapitre 9 : Propiano et Campomoro

    Propiano est établi au fond du golfe de Valinco aux eaux calmes et limpides. Que j’aime ces maisons ocres qui bordent le long de la rue principale face au port ! Au coucher du soleil, dans le cockpit, nos amis sont là et l’ambiance devient douce et chaude. Le golfe de Valinco prend alors de superbes teintes ! Le temps s’arrête pour un instant, en nous laissant rêver à ces vacances que l’on souhaite qu’elles ne se terminent jamais !

    Le 18 Août en fin de matinée, sous génois et avec le moteur, Carpe Diem vogue vers Campomoro. Juste à l’entrée du golfe, cette anse dessine un cercle presque parfait, bordée par une belle plage de sable. Les collines bordant le rivage assurent la protection du mouillage. On jette l’ancre au nord de la massive tour génoise, à l’écart de l’éperon rocheux.

    Bien sûr à chaque escale, nous les marins, on redevient terriens et on aborde la terre avec notre petite annexe à la rame. Comme des pirates, on recherche la moindre vie humaine et les moindres conseils pour fouler la terre corse et s’enivrer de toutes les couleurs et senteurs de cette ile de beauté. Alors pour ne pas changer nos habitudes d’explorateurs, l’équipage réduit à trois membres maintenant arrive enfin à ce petit village par le petit bois d’eucalyptus, malgré la lenteur de Mickael qui traine la savate ! La randonnée n’est pas son fort, il n’aime que le sport des doigts sur sa PSP !

    A l’extrémité du village, au-delà de la plage, on gagne le sommet de la pointe de Campomoro où se dresse enfin notre tour ! L’enceinte, munie de bouches à feu, est couronnée d’un chemin de ronde. Dans le village, des vaches en semi-liberté nous surprennent, malgré les écriteaux sur les portails qui nous rappellent de les laisser fermés à cause des vaches ! Le site Campomoro – Senetosa constitue l’un des sites préservés les plus vastes de l’ile, avec ses criques et promontoires rocheux à l’écart des axes de communication, et avec ses anses bien abritées, parfois très étroites, qui possèdent

    généralement à leur extrémité une minuscule plage de sable.

    On a rencontré généralement des Corses sympathiques et serviables, sans égoïsme ou servilité. A l’intérieur toutefois, dans les petits villages oubliés, les Corses restent plus réservés que sur la côte et sont moins ouverts aux étrangers. Non l’image d’Axtérix en Corse n’existe plus, et j’avais peur de devoir utiliser le nom de jeune fille de ma mère, mais non pas eu la peine et c’est mieux ainsi !

    La soirée se termine par un repas toujours aussi bon à bord de notre bateau copain Prisca qui nous accompagne pour d’autres escales. Un bain de minuit nus nous fait réaliser que nous avons de la chance d’être là et que ce n’est peut être pas la peine d’aller si loin pour se sentir aussi bien, dans ce petit paradis !

    Le 19 Aout, les deux bateaux partent sous voiles en direction de l’anse de Tizzano. On fait escale dans l’anse deConca, à la pointe de Sénétosa. La baie est jolie, avec ses pentes rocheuses couvertes d’un maigre maquis et l’eau turquoise sur le fond de sable. Cette pointe est facilement identifiable par son phare blanc, avec ses deux tours au-dessus de l’habitation, et tout ce que les hommes y ont construit. Le mouillage est placé sur des plaques de rochers. Tout autour de nous, se dressent des étranges rochers blancs sculptés de Scoglio Bianco.

    Nous sommes assiégés par nos amis ancrés à côté de nous qui arrivent à notre bord lui dans son annexe et elle à la nage !

    Voilà que les trois mâles jouent aux sorciers mécaniciens en passant dans leurs mains filtres et carburateur du petit moteur Yamaha Malta 3,5 CV de notre deuxième annexe COMPASS destinée aux enfants, dernier des moteurs à se mettre entre parenthèses pendant nos vacances, mais qui sera réparé comme les autres dés notre retour !

    Nous, les nanas, on préfère se baigner et nager pour aller explorer les fonds au dessus des rochers, et plus on s’approche de la côte et plus la faune et la flore se dévoile. Je donne des palmes à mon amie Yvette et lui explique comment mettre correctement son masque de plongée. Mais la peur ne se commande pas et même en insistant, elle préfère ne pas me suivre et décide de faire le tour de son bateau. Tant pis j’irai seule affronter les dangers sous marins ! Entre les algues et les rochers, je tombe nez à nez avec des girelles, des congres, des murènes, des mérous et des rascasses, dommage que je ne sache pas faire de la chasse sous marine car en les observant je rêve à une bonne soupe ! Mais la raison revient et c’est si beau de regarder autour de soi des poissons si différents qui s’approchent de cette créature bipède palmée et font demi-tour en me narguant !

    Maintenant on arrive enfin vers le port de Tizzano. Les nombreuses villas construites sur les pentes sont aisément identifiables.

    Quelles sont bonnes les soirées barbecue à bord de Prisca, entre le rhum au gingembre d’Yvette qui nous met des couleurs au visage et les discussions animées de Gilbert rythmées de fous rires !

    Le 21 Août, avec toutes voiles dehors, nous cinglons vers Figari. Profonde de deux milles, cette calanque creusée entre deux rangées de collines peu élevées, offre le meilleur abri entre Bonifacio et Campomoro. Malheureusement, du fait de la présence de nombreuses têtes de roches et un manque de fond, les places bien abritées sont en nombre très limité. Enfin l’ancre est au fond et le mouillage est bon. Le paysage a conservé sa beauté sauvage, avec ses figuiers de Barbarie et les baies bleues noires de myrte qui parfument liqueurs et terrines. Ses fleurs, qui dégagent une senteur poivrée, s’utilisent en pharmacie et parfumerie. La côte, tapissée d’un maquis dense, offre des petites plages et des mouillages sûrs. De minuscules calanques et petites criques de sable fin pénètrent profondément dans les anses de ses fleuves côtiers. C’est un paradis très fréquenté pour la plongée sous-marine.

    Youpi, Mickael a enfin pêché au mouillage son premier poisson de Corse ! Alors après l’avoir ramené à bord, heureux et fier, il se jette sur le bloc marine 2008 Méditerranée pour faire son étude et lui donné un nom. Il a trouvé, lui à qui la patience n’est pas une de ses qualités premières, pas facile pour la pêche ! Cette bête à écailles et branchies est un serran écriture. La joie est là mais il faut compléter le repas car un poisson pour trois, c’est juste, alors chaque bouchée est appréciée !

    Chapitre 10 : Les Bouches de Bonifaccio

    Le 22 Août, après que Christian ait placé l’ancre au milieu de la baie, Mickael nous place les amarres de la jupe arrière aux anneaux des rochers de la calanque de la Catena de Bonifaccio. Une famille de cinq enfants arrive au mouillage avec un voilier de location, nous les aidons à amarrer et à mouiller. C’est beau et vivant une famille avec plein d’enfants qui navigue. Après la logistique change, si l’annexe est petite, on ne peut pas aller à terre tous en même temps, mais bon on s’organise !

    L’arrivée de Bonifaccio change de décors : le blanc est prédominant. Les maisons agglutinées de la ville haute à l’extrémité de la falaise, la tour génoise d’Aragon et l’escalier avec ses marches taillées dans la falaise de craie se dressent devant nous de toute leur hauteur.

    A la rame, sur notre zodiac, nous décidons d’user nos semelles sur ce site exceptionnel, la ville la plus méridionale de l’Ile. Enfermée dans ses fortifications, la vielle ville est juchée sur un étroit et haut promontoire de calcaire modelé par la mer et le vent. Quel plaisir de se promener dans les vieilles rues de la ville, c’est un livre ouvert d’histoire ! Quelle vue magnifique de la citadelle ! On observe toute la réserve naturelle des Bouches de Bonifaccio !

    Et dans la lumière du soir, la citadelle prend des reflets or, vu de notre calanque.

    Le 23 Août, sous génois et moteur, les iles de la réserve marine nous font du charme sous le soleil et cette eau est toujours aussi turquoise. La première escale se fait dans la baie Greco des iles Lavezzi. L’ile, accessible au public, se situe dans un labyrinthe de roches, de récifs et de hauts-fonds. Ce petit paradis d’eau cristalline et de criques tapissées de sable présente un paysage presque lunaire. Les formes des chaos de granit grisâtre érodés en boules et sculptés évoquent un bestiaire fabuleux. En approchant de l’ile, une pyramide scinde l’horizon nous rappelant le naufrage de La Sémillante le 15 février 1855, avec aucun survivant d’un équipage de 750 hommes. L’Agonie de la Sémillante est décrite dans les Lettres de mon Moulin d’Alphonse Daudet.

    La bonne nouvelle est que cette ile est un parc marin international et une réserve naturelle, depuis 1981, destinée à préserver et à étudier la plupart des espèces animales insulaires dans leur biotope d’origine.

    Si la végétation y est presque inexistante, les fonds marins riches en coraux, révèlent un univers très poissonneux, sensible et fragile. De nombreux oiseaux (cormorans huppés, puffins cendrés…) fréquentent ces chaos granitiques.

    Puis notre curiosité nous pousse dans la baie Di Zeri de l’Ile Cavallo, île de milliardaires entièrement occupée par des résidences privées. Une piste pour l’aviation légère y a été aménagée dans sa plus grande longueur.

    Chapitre 11 : Saint Amanza , Porto Polo

    Après ces iles, nous arrivons dans le golfe de Saint Amanza, une escale tranquille où le repos est de mise, je fais quelques surliures d’amarres et commence à trier mes photos.

    On repart toujours sans vent au génois qui porte mieux que la grand voile sur enrouleur de mat et au moteur pour aller plus vite et l’ancre est posée dans la baie de Porto Polo. Cette petite station balnéaire s’étire au pied de coteaux couverts d’oliviers et de figuiers. Ce mouillage complète celui de Campomoro sur la rive sud du golfe de Valinco, mieux abrité du Libeccio.

    Le 25 Août le départ est fixé, retour à la case départ, notre mouillage d’attache, la baie de Bandol.

    La traversée est longue, deux fois des dauphins sont venus nous rendre visite, toujours au moteur et toujours pas de vent, que des Ferris et des paquebots !

    Des poissons « volants » captent nos regards. En un instant, la mer s’habille de paillettes qui s’illuminent à la lueur de la lune, comme sur une robe d’un grand couturier éclairée par les projecteurs lors d’un défilé.

    La journée du 26 Août démarre et nous sommes seuls sur la mer. Les hommes dorment et il n’y a pas d’autres navires à l’horizon.

    Chapitre 12 : Retour à Bandol

    Coucou, c’est nous ! Nous revoilà les amis !

    Ils, ceux qui sont restés au mouillage, nous attendent pour tout savoir de notre périple. Que raconter si ce n’est que, arrivés dans la baie de Bandol avec toutes ces maisons et ce monde, je souhaitais qu’une chose, larguer Mickael chez sa maman et repartir vers cette terre plus sauvage et moins peuplée !

    Que leur dire que je me suis promis de repartir vers cette ile de beauté, l’ile de mon grand père maternel ! Avec quelques gênes corses, c’était évident de retrouver mes origines, mon destin l’avait déjà écrit pour moi ! Non, je plaisante, j’y crois pas au destin, mais quand même ? Qui sait ?

    Que leur dire d’autres sinon d’y aller voir et sentir l’âme corse ! Je ferme les yeux et je m’y sens encore. En fait, je ne l’ai pas vraiment quittée cette île, une partie de moi y est restée et m’attends pour une prochaine fois, je crois bien !